Quelqu’un à aimer

Lettre n° 7

Chers amis,

Ayant fini ma mission à New York depuis plusieurs semaines, je voudrais partager avec vous l’émerveillement de mes derniers jours là-bas. Il y a encore quelques visages que j’aimerais vous présenter, ceux d’Angelina et d’Edna. Surtout, j’aimerais rendre grâce pour la communauté de Brooklyn : Natalia, Sr Régine, Mélanie, Père Gonzague, Lætitia, Chloé, Père Paul, et vous dire simplement thank you… Merci pour cette année, pour ce chemin parcouru ensemble. Il me fait grandir et me donne beaucoup de joie. Merci !

Maintenant de retour au Liban, auprès de ma famille, de mes proches, dans ma recherche de travail, le désir est toujours présent d’aimer comme Marie au pied de la Croix. Cela veut dire chercher dans chaque vraie rencontre, l’amitié et la compassion qui sont signes de la présence de Dieu. Si vous le désirez vous pouvez continuer votre soutien en parrainant par exemple un autre volontaire en mission en suivant ce lien  http://france.pointscoeur.org/Parrainez-unvolontaire.html.

Angelina

Angelina habite les projects que nous visitons deux fois par semaine. Nous essayons plusieurs fois de lui rendre visite, tantôt avec Lætitia, tantôt avec Chloé, mais personne n’ouvre la porte. Jusqu’à ce qu’un jour son fils Ray nous ouvre. Il est heureux que sa mère ait de la visite. Depuis plusieurs années la santé d’Angelina se détériore. À tel point que ce fils est venu, plein de générosité, s’installer avec elle. Un jour, il m’explique que sa mère est en train de complètement perdre l’usage de ses jambes. Il est certain que c’est le médecin qui est responsable. Que tout cela est dû au changement de médicament. Dans sa voix, il y a beaucoup de colère. Beaucoup de révolte. “C’est la faute du médecin. C’est la faute du système de santé. C’est la faute du gouvernement !”


Avec Angelina

Avec Angelina

Face à la souffrance, n’avons-nous pas souvent cette réaction de révolte ? Combien il est dur de vivre la maladie, le départ d’un proche… Ne voyons-nous pas un échec dans la souffrance ? Dans l’injustice ? Dans le mal ?

Petit à petit, une réponse à ce cri… Être libre et aimer quand même.

“Du fond de toute la misère humaine monte cet appel d’un Dieu blessé,
dont l’échec révèle l’indispensable concours de notre liberté
pour réaliser un monde dont l’amour est le sens.” *

Quelques jours plus tard, un lit médicalisé est livré. Angelina est maintenant plus confortablement installée ; à ses cotés, il y a Luz, sa home attendant (aide à domicile). Luz relève Angelina pour lui donner à manger, elle lui parle comme une amie et comme une mère. Elle lui permet de rester connectée à la réalité qui l’entoure. C’est elle qui nous ouvre la porte et nous accompagne jusqu’au lit “Angelina… mira quien es aqui!” dit-elle de sa voix forte et enjouée (“Angelina… regarde qui est là !”). Angelina nous offre un immense sourire et ses grands yeux bleus pétillent. Elle parle et rit à nos blagues. En elle, je vois alors que la maladie n’a pas pris le dessus, c’est avant tout l’amour qui transparaît. Elle se sait accompagnée même si le chemin est dur. Près d’elle ce jour-là, il y a Luz, Mélanie et moi.

“[…] dans le jardin de l’agonie, le mal n’apparaît plus
comme la simple transgression d’un
commandement,
mais comme une blessure d’amour faite à Quelqu’un,
de même que,
réciproquement,
le bien s’y révèle comme Quelqu’un à aimer.”*

Edna

Chaque ami auquel je dis au revoir, m’offre un mot gentil, un petit cadeau… Mélanie m’accompagne dans mes dernières visites. Elle rencontre Angelina et Luz. Ensemble nous allons aussi chez Edna. Nous lui apportons la communion comme chaque dimanche. Cette Eucharistie dans sa petite boîte me dit : “Il n’y a pas besoin d’un autre que moi”. L’évangile du jour que je commente pour Edna le redit aussi à travers Marthe et Marie.

Sr Regine et Edna

Sr Regine et Edna

“Only one thing is needed. Mary has chosen the good portion, which shall not
be taken away
from her.”
“Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas
enlevée.” Lc 10, 42

Avant de partir, Doris, la soeur d’Edna, me dit que cette maison sera toujours la mienne. Je prends toutes ces marques d’amitié très au sérieux. Je suis touchée par tant de générosité de la part de gens si simples. À la maison aussi, tout le monde est aux petits soins, à l’écoute, me témoignant son amitié. Les parents de Chloé sont en visite chez nous et le 22 septembre, beaucoup d’amis se déplacent pour la messe et la fête de farewell (départ). Le basement (sous-sol) et l’arrièrecour de la maison sont joliment décorés, près à recevoir les invités. Père Paul installe un climatiseur car il fait très chaud. Très simplement chacun arrive et apporte un petit quelque chose pour le dîner qui va suivre. Il y a même du taboulé et des “lahme bi ajeene” (spécialités libanaises). Après la très belle messe, Laetitia prend la guitare pour chanter en espagnol. Je suis émerveillée que tous les amis présents, si différents soient-ils, se mélangent tellement bien. Nous sommes vraiment très joyeux. Certains lisent un mot, chantent ou dansent.

Toute cette joie j’espère avoir pu la partager avec vous durant cette année de mission. Gardez-moi dans vos prières ainsi qu’Angelina, Edna… et toute la communauté de Brooklyn. De retour dans ce beau Liban aujourd’hui, il me reste encore beaucoup à aimer.

À bientôt les amis, à Paris, Beyrouth, Brooklyn. Vous restez bien présents dans mon coeur et mes prières et serez toujours les bienvenus !

Je serais très heureuse d’avoir de vos nouvelles par mail, alors n’hésitez pas à m’écrire :
piachedid@gmail.com.

Abrazo,

Pia

*Maurice Zundel, « Je est un autre »

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« O longing of the branches »

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Lettre n° 6


Chers amis, parrains et famille,

Comment allez-vous ? J’espère que cette lettre vous trouvera en pleine forme à l’approche de l’été. Cette lettre va être une lettre un peu « interactive », avec plusieurs vidéos que je vous invite à regarder et qui vous donneront un petit goût de la belle mission que je vis ! Connaissez-vous Leonard Cohen ? C’est un chanteur/compositeur canadien qui continue, à près de quatre-vingts ans, à se donner sur scène avec une générosité incroyable .

(Vous          pouvez          voir          Léonard          Cohen          sur          scène          ici  : http://www.youtube.com/watch?v=ViRdiIHyT6Q)

Ses chansons évoquent la soif de tant de nos amis. Une soif universelle. Ma propre soif. Aimer et être aimée…

Oluwa :  « Something  good  can  come out of this place »
(« Quelque chose de bon peut sortir de cet endroit »).

Oluwa

Oluwa

Oluwa est une amie nigérienne. Elle vit dans  le  shelter  pour  femmes  que  nous visitons   tous   les   jeudis.   C’est  une femme    haute    en    couleurs    que    je découvre  au  fur  et  à  mesure  de  nos rencontres : une après-midi partagée au shelter,  une  sortie  au  Native  American Museum,  quelques  visites  chez  nous. Petit à petit, je découvre les souffrances de  sa  vie mais  surtout  sa  soif…  son immense soif…

… O longing of the branches to lift the little bud…

Oluwa peint dans la petite Art Room (salle d’art) du shelter. Ses tableaux sont pleins de couleurs ; de la végétation  surtout :  bambou,  cocotiers, fleurs…

Cocotiers peints par Oluwa

Cocotiers peints par Oluwa

« These  coconut  trees  mean  blessing  for friends.  Look…  This  is  a  small  coconut tree, this is a young coconut tree, and this one… it is breaking the barriers ! »
(«Ces    cocotiers    sont    symboles    de bénédiction  pour  les  amis.  Regarde… Voilà un petit cocotier, un jeune cocotier, et celui-là… il casse les barrières ! »).

Ses peintures parlent d’une vie appelée à renaître  sans  cesse.  Je  suis  touchée  par son enthousiasme et par son amitié toute simple. Sur le ferry qui nous balade de Manhattan à Staten  Island,  elle  prie le chapelet  avec  une  force incroyable et lorsqu’elle nous rend visite, nous partageons souvent une heure d’adoration. La conscience qu’elle a de sa pauvreté ne lui ôte rien de son immense dignité. Au contraire ! Cette conscience lui donne une joie sans mesure. Elle rit et chante avec une facilité déconcertante.

Il y a quelques semaines, nous lui proposons de participer à une petite exposition dans notre basement (sous-sol). Nous  demandons  à  plusieurs  amis  du  quartier  s’ils  veulent  venir  présenter  leurs  photos, collages ou peintures.

(Vous      pouvez      voir      une      vidéo      de      l’expo      sur      ce      lien      internet  : https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=bMPG1vf0itk)

« This is Christmas for me ! » («C’est Noël pour moi ! »), nous dit Oluwa le cœur
plein  de reconnaissance.  « It’s  good…  they  will  see  that  something  good can  come  out  of  this  place. »
(«C’est  bien…  Ils  verront  que  quelque  chose  de  bon  peu  sortir  de  cet  endroit »). 

L’endroit,  c’est  le shelter, et toutes les absurdités qui s’y vivent : les vols, la violence, la dépression… Pendant l’exposition, Carmen,  une  amie  du  quartier,  s’émerveille  sur  un  dessin  d’Oluwa.  Elle  a  le  regard  d’une  mère  qui s’extasie sur les dessins de son tout-petit. Elle discute longuement avec Oluwa et lui propose même de le lui  acheter.  « I  was  laughing  all  the  place.  I  was  too  happy ! »  («Je  rigolais  partout.  J’étais  trop heureuse ! »), nous dit Oluwa quelques jours plus tard.

Carmen : « Estoy tan solita. »
(« Je suis tellement seule. »)

Miguel, Carmen et Fufu

Miguel, Carmen et Fufu

Carmen vit dans la maison de retraite Atlantis. Quand Miguel, Fufu, Chloé et moi lui rendons visite, elle nous dit souvent : « Estoy tan  solita »  (« Je  suis tellement  seule »).  Carmen  a  du  mal  à  articuler.  Il  est assez difficile de la comprendre. Miguel fait quelques pas de danse. Cela la fait rire et tout son visage s’éclaire ! Un jour, une infirmière entre dans sa chambre. Le temps de la piqûre, je prends la main de Carmen. « You didn’t cry this time », (« Tu n’as pas pleuré cette fois »), lui dit l’infirmière. « It is because you have a friend with you ! » (« C’est parce que tu as une amie avec toi ! »).

Ma présence à ses côtés prend alors tout son sens ! Je ne peux pas transformer la vie de Carmen, je ne peux pas la guérir ou lui rendre une famille, mais je peux simplement la rejoindre là où elle est, prendre sa main, être son amie ! Lui donner Dieu qui est consolation ! Et ce que je donne, c’est mystérieux, mais je le  reçois  en  meilleur.  Son  seul  sourire  me  montre  Celui  que  je  cherche :  Dieu  suprêmement  libre  et heureux.

Marian :  « The  ring  is  too  big.  This  is  good !  It means the mission is too big for me. »
(«  La  bague  est  trop  grande.  C’est  bien !  Ça  veut dire que la mission trop grande pour moi ».)

Marian and Zach

Marian and Zach

Un petit mot de Marian. Vous vous rappelez de sa despedida au mois de décembre ? Depuis son retour en  Pennsylvanie,  Marian  a  retrouvé  sa  famille  et Zacharie,  qui  est  maintenant  son  fiancé.  Ils  ont profité  tous  les  deux  d’un  week-end  avec  d’autres anciens   volontaires   américains   pour   annoncer l’heureuse   nouvelle !   Quand   Marian   a remarqué  que  la  bague  de  fiançailles  était trop  grande,  elle  a  rigolé  et  dit :  « C’est bien ! Ça veut dire que la mission est trop grande  pour  moi. »  C’est  un  magnifique pas de confiance qu’ils font tous les deux !

Les anciens volontaires américains sont de passage à la maison. Welcome Marian, René, Peter, Erica, Tori, Kari, Greyson, Charlotte, Kati and Courtney !

Les anciens volontaires américains sont de passage à la maison. Welcome Marian, René, Peter, Erica, Tori, Kari, Greyson, Charlotte, Kati and Courtney !

Divina :  « I  want  to  go  shopping »
(«Je veux faire du shopping »).

Divina  est  amie  du  Point-Cœur  depuis  de nombreuses années. Les premières fois que je l’ai rencontrée, c’était dans la rue où elle passait  des  heures.  À  errer  sans  but.  Quelle  détresse…  Comment  la  rejoindre ?  Où  la  rejoindre ?  Sa maladie psychiatrique explique en partie sa situation, mais elle n’explique pas tout. Depuis que je suis là, Divina a fait deux séjours à l’hôpital psychiatrique et à chaque sortie, c’est le même scénario : elle cesse de prendre ses médicaments et de recevoir l’aide de l’équipe sociale. Ma  tentation  c’est  toujours  de  mettre  une  étiquette,  de  classer  et  d’oublier :  « malade  psychiatrique », « cas desespéré »…  Mais les amis, aimer c’est plutôt rejoindre l’autre.

« Au pays de la misère nous vivrons toujours dans le luxe,
mais qu’importe!
DESCENDONS PLUS BAS
et tentons d’approcher une telle misère
comme on s’approche d’un mystère…»

Alors je cours ouvrir quand Divina sonne, et après qu’elle soit partie je dis :

Mon Dieu,

Si Divina avait des enfants, une maison et un travail, bien sûr que je l’aimerais.
Mais comme elle n’a ni famille, ni maison, ni travail, je veux l’aimer davantage.

Si elle avait les ongles propres et les cheveux peignés, bien sûr que je l’aimerais.
Mais comme elle a les ongles sales et les cheveux décoiffés je veux l’aimer davantage.

Si elle aimait discuter et écoutait mes conseils, bien sûr que je l’aimerais.
Mais comme elle parle peu et n’écoute rien de mes conseils, je veux l’aimer davantage.

Un  jour,  elle  entre  dans  le  salon,  se  pose  dans  le  canapé. Inlassablement  elle  revient  vers  nous.  Les  mains  vides,  elle revient vers nous. Avec confiance. Elle sait. Cette maison est sa maison. C’est la maison des petits, des souffrants, des exclus.

Dans la rue avec Divina, Chloé nous prends une photo pour préparer un cadeau d’anniversaire à Sr Régine.

Dans la rue avec Divina, Chloé nous prends en photo pour préparer un cadeau d’anniversaire à Sr Régine.

« I wanna go shopping. But I don’t have any money !»(«Je veux faire du shopping. Mais je n’ai pas un sou ! »), me dit-elle. Peut-être espère-t-elle de l’argent ou des habits (que je ne peux pas lui donner) mais a la place, surprise moi-même par ma réponse, je lui dis : « Me too » (« Moi aussi ») ! Et lui indique un endroit où on pourra lui donner des habits. Dieu donne des moyens inatendus pour aimer, comme me rendre
compte que je suis en manque de shopping !

Et je me dis :

Mon Dieu,

Si Divina avait de l’argent et faisait du shopping, bien sûr que je l’aimerais.
Mais  comme  elle  n’a  pas  un  sou  et  ne  peut  pas  s’acheter d’habits,  je  voudrais  l’aimer  davantage,  je  voudrais  l’aimer comme moi-même.

Ma communauté : un seul cœur

Mon VISA américain ne peut pas être prolongé au-delà d’un an. Ma mission arrive donc à son terme le 25 juillet. Une messe de départ aura lieu le 22 juillet, le même jour que ma messe d’envoi en France (fête de Marie-Madeleine !). Certains d’entre vous étaient présents il y a un an, un grand merci ! Merci pour votre amitié, parrainages, soutien et prières. Pour assurer mes frais de vie ici, je demande à ceux  qui  le  peuvent  de  me  soutenir  encore  une  fois  par  un  petit  don  financier,  ici,  en  indiquant  « Pia Chedid »  
http://france.pointscoeur.org/Parrainer-Effectuer-un-don-en-ligne.html

Le mois qui arrive va être le mois de « despedida », the time to say goodbye (le temps de dire au revoir).
Je ne sais toujours pas comment je vais faire pour quitter ma communauté et mes amis. Je suis si attachée
à eux ! Il y a quelque temps, Aramenta a répondu à la question :

– Who is your best friend ? (Qui est ton meilleur ami ?)
– It’s Fr Paul ! And then Pia… but she is leaving ! (C’est P. Paul ! Et puis Pia… mais elle part !).

Dur, dur…
Une dernière petite anecdote bien sympa avant de vous laisser. J’ai passé quelques jours de retraite (repos et  prière) en  pleine  campagne.  Important  pour  se  ressourcer !

  Quelques jours avant de partir,  nous avions  invité  une  amie,  Chantal,  à  dîner  à la  maison.  À  la fin  du dîner je prépare une tisane libanaise appelée « Ahwé Baida » (café blanc).
Pour la préparer c’est très simple : 1 volume d’eau de fleur d’oranger et deux volumes d’eau bouillante. Sauf que la bouteille qui avait été achetée était une bouteille d’eau de fleur de rose (arôme beaucoup plus fort !). Je verse toute la bouteille, persuadée de mon geste, et rajoute deux volumes d’eau. Sauf que c’est vraiment trop fort, du coup on rajoute un peu d’eau en plus. Père Gonzague est bien étonné : « Tu as mis
toute la bouteille ?! ». Et bien sûr que j’ai mis toute la bouteille ! « C’est le flacon de Marie-Madeleine Fr G! ».

Comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme entra, pendant qu’il se
trouvait à table. Elle tenait un vase d’albâtre, qui renfermait un parfum de nard pur de grand prix ; et,
ayant rompu le vase, elle répandit le parfum sur la tête de Jésus.
(Marc 14, 3)

N’ayons pas peur de verser toute la bouteille les amis.
Je vous embrasse bien fort !
Avec toute mon amitié,

Pia

Accueille-Le comme ami

Heart’s Home blessed John-Paul II
108 St Edwards St.
Brooklyn, NY 11205

Lettre n° 5

Chers parrains, famille et amis,

[…] « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin […] ? »

(Luc 24, 32)

 Laissez-moi partager avec vous la joie toute simple de ces derniers jours. La joie de se découvrir amis les uns des autres. La joie de cheminer ensemble. La joie d’être ensemble.

Hier matin je me rends un peu à l’avance à la maison de retraite Atlantis. La messe de Pâques sera célébrée pour nos amis dans la « recreation room» (salle de recréation). Une table ferra office d’autel. Une pauvre table. La table sur laquelle je vois les assistantes sociales et les infirmières rédiger leurs rapports… Une table sur laquelle les gâteaux d’anniversaires sont partagés… Une table qui a servi pour mille et une choses… Une table sur laquelle Jésus va se donner.

Parmi nos amis fidèles, il y a Mister Li et Mister Chen.

Mister Lile mercredi des cendres

Mister Li
le mercredi des cendres

Fufu et Dina

Fufu et Dina

Tous les deux viennent du même petit village de Chine. Ils parlent le même dialecte. Leurs chambres se trouvent dans le même couloir. Quand nous leur rendons visite les mercredis après-midis, Fufu nous accompagne, et nous traduit leur vie. Autant Mister Li est calme, autant Mister Chen est plein de fougue. Ce matin je me rends dans la chambre de Mister Li pour le prévenir que nous sommes là:

  (ni hao) Mister Li!   Mass ?

(- Bonjour Mister Li ! Messe ?)

Pendant que l’infirmière l’aide à s’installer dans sa chaise roulante je me rends deux chambres plus loin, chez Mister Chen. Un transistor sur son oreiller, musique chinoise à fond, Mister Chen dort profondément ! Je l’appelle plusieurs fois puis me résous à le laisser dormir. Au moment de descendre ensemble à la recreation room Mister Li me dit : « Chen ! Chen ! ». Il ne compte pas laisser son ami derrière. Nous repartons donc en direction de sa chambre.

Mister Chen dort. Mister Li insiste. Lui parle dans son dialecte. Que lui dit-il ? … D’un coup Mister Chen repousse ses draps ! Victoire ! Il se lève !

Mister Chen le mercredi des cendres

Mister Chen
le mercredi des cendres

La messe commence. La plupart de nos amis sont en fauteuils roulants. Et cette vision me frappe toujours. Le contraste avec la fastueuse messe de la veille à la cathédrale est saisissant. Je me demande…

Mon Dieu c’est toi le même ? Jésus ressuscité ? Pour les jeunes ?  Et pour les vieux ? Pour tous !? Ressuscité hier ? Et aujourd’hui encore? C’est vraiment vrai ? Tu es sûr!? Pour toujours ?

Oui.

… « Accepte alors que Jésus Ressuscité entre dans ta vie, accueille-le comme ami, avec confiance : Lui est la vie ! Si jusqu’à présent tu as été loin de Lui, fais un petit pas : il t’accueillera à bras ouverts. » Homélie de Pâques du PAPE FRANCOIS

Mes chers amis, je vous remercie encore une fois pour vos mots, vos parrainages. Je confie à votre prière Fufu, Dina, Mister Li, Mister Chen et moi aussi.

Joyeuses Pâques ! Pour toujours !

Je vous embrasse bien fort,

 

Pia

L’amour qui s’abaisse

                                                                                    Heart’s Home blessed John-Paul II
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Brooklyn, NY 11205

Lettre n° 4

« Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. » (Jean 15, 13)

Mes chers amis,

Avec Marian durant sa despedida

Avec Marian durant sa despedida

Merci. Merci. Merci. Un petit mot que je ne me lasse pas de répéter tant je suis comblée. Par votre amitié, par l’amitié de ma communauté et de mes amis. Par l’amitié de Dieu surtout, qui chaque jour semble répéter : « Je ne vous appelle plus serviteurs […] je vous appelle amis » (Jean 15, 15). J’espère que vous avez passé un joyeux Noël entourés de ceux que vous aimez. Merci pour tous les vœux et petits mots que vous m’avez envoyé. L’enthousiasme américain commence à me gagner : partons ensemble pour un tour du monde de la mission !

USA – Marian : « All my love and gratitude » (« Tout mon amour et ma reconnaissance »).

Marian rejointe par Paul

Marian rejointe par Paul

Le 19 décembre, nous étions réunis à la cathédrale Saint-James pour une fête de Noel un peu spéciale. C’était l’occasion de célébrer la despedida de Marian. Despedida signifie Adieu en espagnol. C’est le moment où un volontaire arrivé en fin de mission, fait ses aux revoirs aux amis du quartier. Ils étaient nombreux au rendez-vous. Inutile pourtant de faire des calculs, d’évaluer le taux de participation, le temps passé à décorer la salle ou à cuisiner. Il suffisait de regarder les visages, de répondre aux sourires, de sécher les larmes et de partager les rires, pour se rendre compte que Marian a simplement TOUT donné. Et lorsqu’elle se met finalement à danser (car elle est danseuse de formation) se sont les petits, Paul et Anna, puis les plus grands, Patience, Amanda, Janice, Madison et Erica qui la rejoignent et entrent dans une grande danse qui semble une fois de plus dire : « Merci ! ». Mes amis, je la confie particulièrement à votre prière. Pour qu’elle continue à « être » tout simplement cette amie qui tend la main et invite à la danse.

Amanda, Janice, Madison, Erica, Anna, Becky et Marian

Amanda, Janice, Madison, Erica, Anna, Becky et Marian

République Dominicaine – Ana : « Todo para la gloria de Papa Dios ! » (« Tout pour la gloire de Papa Dieu ! »).

Ana et Natalia

Ana et Natalia

Beaucoup d’amis du quartier viennent d’Amérique latine et des Caraïbes. Leur vie est touchante de joie et de simplicité. Poco a poco (petit à petit) je me mets à leur école et mendie cette même joie et simplicité. « Todo para la gloria de Papa Dios ! » nous annonce Ana en nous accueillant, Natalia et moi, dans sa petite maison. Une vingtaine de femmes sont déjà là : Carmen, Edith, Sol, Maria, Nieve…

Elles parlent fort. Elles chantent fort : « Es Maria la blanca paloma que ha venido a America. » (« C’est Marie la blanche colombe qui est arrivée en Amérique.»). Elles préparent à manger comme si elles attendaient 200 personnes ! D’où vient ce débordement d’amour ? Mystère. Comment Ana fait-elle ? Mystère. Elle qui élève seule ses enfants et cumule plusieurs petits jobs de nanny (nounou) et de home attendant (aide à domicile) ? Mystère. Tant d’amour ? Mystère. Tant de foi ? Mystère ! Pourtant lorsque l’une d’elle me tend un chapelet je comprends. On est venus pour prier avec Marie. Pour chanter avec Marie. Pour manger avec Marie. Et tout devient si beau :
« Todo para la gloria de Papa Dios ! ».

USA – Margorie : « You are a good friend » («Tu es une bonne amie»).

Ce jour-là, Fufu (une amie chinoise), nous accompagne en visites à la maison de retraite Atlantis. L’infirmière nous annonce que Man, la dame chinoise que nous visitons depuis peu n’est plus là. Sans plus d’explications, elle nous parle de Margorie qui vient d’arriver et a besoin de compagnie. Où est Man ? Qui est Margorie ? Un peu démunie par cette double annonce je me dirige avec Fufu vers la salle commune de  l’étage. Confiance. « Quoi qu’il vous dise, faites-le », semble nous redire Marie. Margorie est là. Dans un fauteuil roulant. Bien fatiguée. Une dame à côté d’elle se moque de ses cheveux courts : « She’s a man » (« C’est un homme »). La blague qui fait rire sa voisine fait pleurer Margorie. Si elle a les cheveux si courts c’est parce qu’elle se bat contre un cancer depuis 9 ans. Je sèche ses larmes et nous discutons. Une autre dame remarque le chapelet autour de mon poignet. Voulez-vous prier ? Elles acceptent avec joie et nous voilà réunies comme de vieilles amies.

La semaine suivante Margorie est à l’hôpital. Elle respire difficilement, parle de moins en moins et son regard se fait vague. Au fil des jours, nous continuons les visites. La veille de Noel elle demande : «Tell me the truth. Am I going to die ? » (« Dis-moi la vérité. Vais-je mourir ?»). Devant son cri d’angoisse, toute parole semble dérisoire. Je formule une pauvre réponse pour lui assurer qu’on s’occupe bien d’elle à l’hôpital mais c’est de la présence d’un Autre dont elle a besoin. Je baisse le volume de la télé, ajuste son masque à oxygène, lui donne de l’eau, laisse Père Gonzague lui parler.  « I believe ! » («  Je crois ! »), nous dit-elle. De son corps et de son cœur meurtris elle a encore tant à donner. Après un petit moment de silence elle tourne vers moi des yeux remplis de paix et d’amour et me dit: « You are a good friend »

« Et c’est dans les yeux de l’autre que l’on découvre la réponse à ses questions. »
(P. Thierry de Roucy, Quel est ton point d’appui?)

Noël passe. Chloé et moi lui rendons une dernière visite. Elle a été transférée au Hospice, la partie de l’hôpital qui accueille les personnes mourantes. Un petit miracle a eu lieu : il y a du monde à ses côtés.  Son fils, sa fille et sa sœur sont là ! Elle me raconte combien Margorie a été une mère pour elle. Elle l’a quasiment élevée. Je suis heureuse de savoir Margorie si bien entourée.

USA – Mary : «See, I only got one tooth ! » (Tu vois, je n’ai qu’une seule dent !).

Mary est presque centenaire. Dans sa chambre de la maison de retraite Hopkins elle nous accueille avec un grand sourire. Je suis touchée par sa joie de vivre mais aussi par sa grande pauvreté : elle perd la mémoire, se rappelle difficilement nos noms ou ce qu’elle a fait durant la semaine. Heureux les pauvres de cœur… Au cours de la discussion Mary s’exclame : « You got beautiful teeth! » (« Vous avez des dents magnifiques ! »), Elle est toute heureuse ! Et nous voilà, Chloé, Guillem et moi à nous prendre au jeu et à sourire de plus belle pour lui montrer nos « beautiful teeth » ! « See, I only got one tooth ! » nous dit-elle en nous montrant sa dent, son unique dent, qui trône sur sa mâchoire inférieure.

Inde / Liban – Yorgui : «[…] he saved my life » ( Il m’a sauvé la vie »).

Avec Nada, Natalia et Mélanie

Avec Nada, Natalia et Mélanie

Le premier visage de Points-Cœur a été ma cousine Zeina au Liban. A son retour de mission elle rayonnait de joie. Je me souviens des beaux tissus de sari qu’elle avait ramenés et des petits bracelets indiens qu’elle m’avait offert. De fragiles petits bracelets rouges et dorés. Ils se sont vite cassés  mais la joie est restée. Ici à New-York, je vis encore de cette belle générosité. Nada et Gabi, un couple libanais,  nous invitent, Natalia, Mélanie et moi à un brunch. C’est l’occasion de revoir, Yorgui qui était au lycée avec moi. Il est de passage en Amérique pour parler de son travail au Liban : créer un réseau de donneurs de sang pour répondre à toutes les demandes et sauver des vies. En écoutant son histoire (vidéo disponible avec sous-titres anglais ici à https://www.youtube.com/watch?v=buv8e5fUOVc) il est beau de voir le chemin qu’il a parcouru, les épreuves, le travail, la réussite et les projets. Surtout de voir que tout semble provenir d’une seule et même rencontre. La rencontre avec celui dont il dit : « He saved my life ». Mes amis, après avoir été témoin de ce beau parcours pour Yorgui, je ne peux que vous souhaiter la même chose. De rencontrer Celui qui sauve.

#4 pic6Un petit clin d’œil du Japon maintenant. Un Point-Cœur vient d’y ouvrir dans la ville de Sendai, pas loin de la zone touchée par le tsunami l’année passée. Ce Point-Cœur où Père Paul vient de passer 3 mois est habité par Ana et Thibault (volontaires) ainsi que Sylvie (laïque consacrée). Le kanji (caractère japonais) sur la photo symbolise la mère (symbole de gauche) et l’enfant (symbole de droite). Les deux symboles ensemble signifient amour.  Quoi de plus beau ? Je me rends compte combien il est exigeant d’aimer un enfant. Combien c’est un amour qui sauve car la seule façon de parler à un enfant c’est en s’abaissant, en se mettant tout bas, à ses côtés. Juste après Noel, j’ai pu en faire l’expérience très concrète. Nous avions 5 adorables petites filles à la maison : Felicity, Anastasia, Edith, Gemma et Anna. Wow… toute heureuse que j’étais de m’occuper d’enfants j’avais oublié combien c’est un amour de chaque instant ! Exigeant ! Intense ! …

« Je crois en l’efficacité de l’amour qui s’abaisse, qui embrasse, qui pardonne ! Et c’est tout. Je crois que cet amour sauve le monde et qu’il n’est pas besoin de le compliquer.

Je crois en l’authenticité de l’amour de la mère qui ne fait qu’aimer de ses mains
et de son cœur et de ses yeux, qui ne fait qu’écouter et entrer dans le cœur des siens
et leur prodiguer la tendresse dont leur être a faim…  »

(P. Thierry de Roucy, Aimez ! Aimez ! Aimez sans compter…)

Le soir du 25 décembre chez la famille Oberman.De gauche à droite : Mat et  Edith, Elizabeth et Gemma, Ana et sa grand-mère.

Le soir du 25 décembre chez la famille Oberman.
De gauche à droite : Mat et Edith, Elizabeth et Gemma, Ana et sa grand-mère.

Je crois que j’avais presque oublié pourquoi j’étais venue jusqu’ici. Impossible de courir ailleurs maintenant ! Pendant que leurs parents participent à des enseignements, Chloé et moi occupons les petites dans la sacristie. On colorie, on danse, on chante, on invente même un nouveau jeu : le bateau. Tous ceux qui veulent monter dans le bateau doivent s’allonger par terre. Ensuite on demande au capitaine une destination. Et le capitaine indique à l’équipage comment se rendre à destination (en levant une main, une jambe ou parfois les mains ET les jambes). Tour du monde assez « sportif » mais les petites ont toujours de l’énergie à revendre. Le soir, pendant une bonne heure je leur raconte l’histoire (inventée sur le moment) de deux enfants indiens : Marvi et Malkou. Quelle joie de voir leur réaction à chaque nouvelle péripétie ; de rentrer avec elles dans leur attente du dénouement !  Les 2 enfants arriveront-ils à vaincre le monstre ? Marvi découvrira-t-il son don secret ? Comment couperont-ils les cheveux du roi ? Même si elles connaissent déjà l’issue (Oui les 2 enfants arriveront à tuer le monstre, à découvrir le don secret et à couper les cheveux du roi) rien ne peut leur ôter leur joie d’être unies dans l’instant présent, toutes attentives et pleines de vie. Combien elles m’ont appris ce jour-là de quel amour je dois vivre chaque instant !

Avec Aramenta

Avec Aramenta

Pour terminer je voudrais vous donner quelques nouvelles d’Aramenta, une amie qui vient de l’île de Santa Lucia. Elle est chère à mon cœur car c’est la première que j’ai rencontrée ici. Sa situation aux Etats-Unis est bien difficile. Elle a voyagé seule ici sans famille ni amis proches. Depuis 2008 elle est notre amie fidèle et combien fidèle ! Elle vient déjeuner chez nous presque toutes les semaines. Lorsqu’elle vient à la messe du dimanche nous faisons généralement le chemin du retour ensemble. Un jour je lui parle de mes études de biologie et tout son visage s’illumine. Elle rigole et me taquine, toute fière d’avoir une amie « docteur ». Plusieurs fois pourtant elle nous parle de sa solitude, et de son désir de ne plus vivre seule. Ses prières ont été exaucées depuis quelques jours ! Sa social worker (assistante sociale) lui a trouvé un nouveau logement, un très joli appartement qu’elle partage avec une co-locatrice nommée Minerva. Quelle joie pour elle de nous recevoir chez elle ! Apres avoir fait un peu de ménage, elle qui cuisine peu, nous prépare un grand repas. Je la confie, ainsi que Minerva, à votre petite prière !

Chers amis, merci encore une fois pour toute votre générosité. Le tour du monde n’est pas terminé… en attendant je vous embrasse bien fort. A très vite !

Pia

Son poids et sa coloration unique

Heart’s Home blessed John-Paul  II
108 St Edwards St.
Brooklyn, NY 11205

Lettre n° 3

Chers amis, chère famille,
Chers parrains et marraines,

« What wondrous love is this, O my soul, O my soul ? »  (Quel est ce merveilleux amour, Ô mon âme, Ô mon âme ? – Hymne populaire américain).

La vie à New-York est si riche et intense que je voudrais vous en faire vivre chaque instant. Cela n’est pas impossible. Il me suffit de vous montrer quelques visages. Les visages qui façonnent mon cœur. Ceux avec lesquels je me réveille et avec lesquels je m’endors. Ceux que je visite et ceux qui viennent à ma rencontre.

Tout d’abord, il y a Chloé ma nouvelle sœur de communauté. Arrivée de Nantes il y a quelques semaines elle va passer 17 mois en mission à Brooklyn. Chloé a un don particulier pour faire les petites choses avec beaucoup d’amour : faire  sécher  des fleurs et des feuilles pour décorer la table à manger ; préparer un délicieux crumble en mélangeant farine, sucre, beurre, pépites de chocolat et fruit ; ou encore noter soigneusement dans son cahier les noms de tous nos amis et les mots d’anglais qu’elle apprend. Quelque soit la situation, au chevet d’un ami ou au cours d’un repas, elle me communique instantanément toute sa joie de vivre. Je réalise à travers son arrivée combien chaque personne qui s’engage, qui dit « oui » à Dieu, apporte à la mission sa propre empreinte ; une couleur unique, qui étend à l’infini la palette des possibilités et rend chaque rencontre extraodinaire. « Celui qui le prononce remplit son oui de sa personnalité, il lui donne son poids et sa coloration unique… » (ADRIENNE VON SPEYR, La Servante du Seigneur).

Je crois qu’il y a de cela dans la vie des artistes. Les œuvres d’art qu’ils nous offrent révèlent la couleur de leur « oui ». Il y a quelques semaines Marian, Chloé, Laetitia et moi sommes allées à l’ « Open Studios 2012 » organisée par la fondation « efa » (The Elizabeth Foundation for the Arts).

#3 pic1 Chloé, Marian et Laetitia à la soirée « Open Studios 2012 »

Une soirée au cours de laquelle il est possible de rencontrer les artistes qui ouvrent leur studio aux visiteurs. Nicolae est l’un d’eux. La visite est brève mais je ressens une véritable amitié pour cet artiste et ses oeuvres. Ce tronc d’arbre coupé en deux. L’intérieur peint en rouge, recouvert d’une couche luisante comme un baume.

#3 pic2 Œuvre de l’artiste Nicolae Golici

L’oeuvre semble vivante, comme un coeur. Je discute avec l’artiste. Il a quitté sa Roumanie natale pour vivre à New-York. Je lui demande des détails sur cette oeuvre. Il me répond « This is me ».  Que veut-il dire? Je suis vraiment étonnée. « L’amitié est un échange… L’œuvre d’art verse son baume sur nos plaies et nous versons notre baume sur les plaies de l’œuvre d’art. C’est la tâche splendide et réciproque de l’homme et de l’art. » (P. THIERRY DE ROUCY, Un baume versé sur tant de plaies).Une prière silencieuse monte alors de mon cœur pour Nicolae, pour moi, pour l’amitié qui permet à l’art de consoler les cœurs et de rappocher les hommes de Dieu.

Les new-yorkais vivent dans une joyeuse urgence qui se traduit par d’immenses accolades, « hugs », que l’on se donne pour se saluer. Chaque nouvelle journée me permet de découvrir la beauté de ce peuple, leur joie et leur souffrance. Même ceux qui vivent  dans une grande pauvreté conservent intact leur bel enthousiasme. Combien j’aime apprendre d’eux! Jeudi passé nous avons fêté avec une trentaine d’amis la traditionnelle fête de «Thanksgiving ». Ce jour-là famille et amis se réunissent autour de la fameuse turkey (dinde) pour un moment de partage et d’amitié. Un moment pour rendre grâce. Pour se dire merci. Après une belle soirée de jeux et de chants, Chloé, Miguael et moi décidons de visiter la nursing home. Nous préparons quelques plats avec les restes du festin et nous voilà en route. Prêts à continuer la fête. Pour apporter cette fête, il nous faut descendre tout bas, prêt du cœur de nos amis. Les rejoindre là où ils sont. Les rejoindre dans leur solitude; certains ne reçoivent aucune visite. Les rejoindre dans leur douleur ; beaucoup sont immobilisés sur leur lit. Les rejoindre dans leur quotidien ; ils regardent souvent beaucoup la télé. Je m’arrête prêt de Miss Dunkin, la voisine de chambre de Dina. Les discussions avec Miss Dunkin sont lentes et relativement limitées. Pourtant elle m’appelle lentement par mon nom chaque fois qu’elle me voit: « Pia … Pia … ». Les moments que je passent avec elle deviennent alors si précieux. Je m’assois prêt de son lit et doucement lui demande « What are you thankfull for this year? » (De quoi es-tu reconnaissante cette année?). Elle me répond : « Nothing » (rien). J’essaye de creuser un peu. Mais à toutes mes questions elle répond « No » (non). J’essaye de descendre plus bas… « I got nothing I wanted in my life… », dit-elle(Je n’ai rien eu de ce que je voulais dans ma vie…). Me voilà tout prêt du mystère. Sa pauvreté semble à ce moment là immense ! « You have a treasure in your heart. You are the child of God. », (Tu possèdes un trésor dans ton coeur. Tu es l’enfant de Dieu) lui dis-je. La joie que je ressens à ses cotés me permet de ne pas douter. Miss Dunkin est infiniment riche. Riche de l’amour de Dieu.

Chers amis, je vous remercie encore une fois pour votre soutien. Chacun d’entre vous m’apporte tant. Happy Thanksgiving ! Gardez-moi dans vos prières. Je vous laisse avec quelques photos et vous embrasse bien fort. A bientôt!

Pia

 #3 pic317ème anniversaire de notre voisine Maria avec sa grand-mère Tina et Sœur Mariana

#3 pic4 Devant la cathédrale Saint-James avec
en bas: Aramenta, Elodie, Mélanie
en haut: Erica, Marian, Chloé et Laetitia

Ce « geste que choisit le Christ… »

.                                                                                                              Heart’s Home blessed John-Paul II
108 St Edwards St.
Brooklyn, NY 11205
Pia Chedid
Le 7 septembre 2012

Lettre n° 2

Mes chers amis, ma chère famille,
Mes chers parrains et marraines,

Quelle joie de vous retrouver ! De partager avec vous les précieuses rencontres que je vis depuis mon arrivée au Point-Coeur de Brooklyn.

À Points-Coeur, l’obsession, c’est d’aimer, c’est de proclamer à tous ceux qui étouffent par manque de tendresse, qui agonisent dans la solitude, le fol amour qui s’offre à leur Cœur.”
P. Thierry de Roucy

Je suis donc venue pour aimer. Mes amis, laissez-moi vous raconter comment…

31 juillet. Arrivée à l’aéroport de New York.

Il fait nuit. Je scrute les visages. Elles sont là ! Nati (Nathalia) et Leti (Laetitia) sont venues me chercher. La circulation est dense. Les routes sont cabossées. L’ambiance est familière. J’ai la douce impression d’être à Beyrouth. Je me sens chez moi. Lorsque nous arrivons, c’est père Gonzague qui m’ouvre la porte et quel accueil ! Malgré l’heure tardive, malgré la fatigue, toute la communauté est là. On prend le temps de se poser, de discuter autour d’un thé. Sur la table du salon, un petit mot de bienvenue écrit par Mélanie. Sur mon lit, un paquet de M & Ms et un second mot écrit par Marian. On dirait presque une chasse au trésor !

Bienvenue à la “big apple” Pia!

 Bienvenue, Pia!
Dans ta nouvelle maison
Points-Coeur Brooklyn!!
“Tu vas découvrir que l’endroit
où tu es appellée à vivre est le coeur
de Marie, Mère de Compassion.
C’est l’endroit où nous pouvons
tous nous rencontrer, toujours.”

Dans la chambre que je partage avec Marian et Nati, il y a ce tableau. La première photo que je prends : Marie… Voilà le trésor.

  Jésus dans les bras de Marie. Tableau peint par une volontaire.

Premiers jours : dans le Cœur de Marie

Ma maison ressemble à un château. C’est l’église St Michael-St Edwards

L’église St Michael-St Edwards

Elle est fermée depuis presque trois ans car elle nécessite des travaux (trop) coûteux. Nous habitons le presbytère. Les premiers jours, tout est nouveau. Je découvre le fonctionnement de la maison, l’organisation des journées, je m’habitue à parler anglais…  Il n’y a rien que je puisse dire ou faire de très utile. Nous chantons les laudes à 7 h 30. Je ne chante pas très juste. Je ne maîtrise pas le livre de prière. Qu’importe. Nati m’indique la bonne page, Marian donne le bon ton, Leti et Méla accompagnent. Et le miracle a lieu ! Chaque matin.

Les après-midi sont consacrées aux visites. “Forth Green” est le nom de notre quartier. Marian m’entraîne chez plusieurs amis qui vivent dans la nursing home (maison de retraite) de notre rue. Miguael notre voisin nous accompagne chaque semaine. Il vit dans un des projects (HLM) de Forth Green avec sa femme Carmen.

Avec Marian

Avec Miguael          

Tout d’abord, nous faisons un petit détour par l’hôpital de Brooklyn. Notre amie Chane y est hospitalisée pour insuffisance rénale. Elle est en salle de dialyse, très affaiblie. Nous ne pouvons l’approcher qu’un par un. Marian lui parle, prie, lui chante sa chanson préférée “Amazing grace”.

Arrivés à la nursing home, nous rendons visite à Dina, Élizabeth, Maria, Mister Glenn et Angel. Miguael ne quitte jamais leur chambre sans leur avoir redonné le sourire avec une petite blague ! À voir tout cet amour je ne soupçonne pas un seul instant la souffrance qu’il a vécu lui-même. Miguael a participé à la guerre du Vietnam. Il a aussi dû boxer pour gagner sa vie, ce qui lui vaut de souffrir aujourd’hui de douleurs de nuque.

Et moi j’aimerais consoler, faire rire. J’en suis bien incapable. Je ne peux que tout remettre dans le cœur de Marie, et apprendre d’Elle la compassion. Bien souvent, j’ai l’impression d’être la témoin d’un perpétuel lavement des pieds. C’est Mister Glenn qui m’a fait réaliser cela. Il nous reçoit chaque semaine dans sa chambre avec une infinie délicatesse. Comme il perd un peu la mémoire et ne retient pas nos noms, il nous appelle simplement ses “friends” (amis). Au moment de le quitter, je veux le serrer dans mes bras. De nous deux, c’est lui le plus rapide ! Il m’embrasse la main. Mister Glenn… ce n’est pas ce qui était prévu. C’est moi qui suis censée vous aimer ! Et voilà. Je ne peux que me laisser aimer. Me laisser laver les pieds de la même façon que Mister Glenn m’a embrassé la main, par ce “geste que choisit le Christ pour manifester à chacun l’amour unique, infini dont Il les saisit.” P. Thierry de Roucy

Mes amis, j’aurais encore tellement à vous raconter. Merci infiniment pour votre présence à mes côtés. Malgré la distance (5 832 kilomètres) et le décalage horaire (-6 heures), nous sommes tout proches ! Merci à ceux qui ont rejoint ma liste de parrains : Florence, Anne, Joanne, Joyce, Marc, Élizabeth… Merci ! Je vous laisse avec quelques photos du pèlerinage organisé pour nos amis au sanctuaire Notre-Dame de Compassion le 2 septembre. Je confie aussi à votre prière notre amie Chane qui est décédée le 11 août.

En bus avec Miguael

Angie, sister Regina et Carmen

En marche vers Marie…

Marie, mère de Compassion auprès de son Fils

Pique nique improvisé

Hop! Partie de trampoline!

Mes amis, n’hésitez pas à partager ce lien. Mes lettres y sont mises lignes.

https://parrainezmoi.wordpress.com/

J’attends de vos nouvelles et vous embrasse bien fort.

Bonne rentrée à tous, petits et grands ! À bientôt dans le Cœur de Marie,

Pia

La simple « Vie de Nazareth »

Maison Notre-Dame du Monde-Entier
40, route Eugénie – 60 350 Vieux-Moulin
Pia Chedid
Le 14 juillet 2012

Lettre n° 1

Chers amis, chère famille,
chers Francis, Jo, Jean-Louis & Françoise, Charbel, My-Chan, Dalila, Claire, Robert, Sonia, Cécile, Aymeric, Jean-Joseph & Emmanuelle, Margarita, Osvaldo, Jean-Claude, Marie-Anne, Matthieu, Loïc, Zeina, Rita, Aida, Evelyne…

En stage de formation depuis quinze jours avec d’autres volontaires, la mission a déjà commencé. Et si je cite chacun de vos prénoms en ce début de lettre, c’est parce que chacun d’entre vous m’accompagne déjà, à chaque instant, à chaque rencontre et dans chaque prière. Merci infiniment !

À Nazareth, chez soi

Il semble qu’ici à la maison Notre-Dame du Monde-Entier, tout le monde se sente chez soi. Nous vivons chaque jour la simple « Vie de Nazareth ». Les journées sont rythmées par des moments de prière, d’enseignement, de rencontre et de partage. Après le repas de midi, nous prions le chapelet dans la langue de notre nouveau pays. Terrain libre après pour une partie de ping-pong ou de badminton. Nous nous retrouvons le soir autour de la prière des vêpres, de la messe et du dîner. La soirée se déroule autour d’un film ou du témoignage d’un ami. Puis nous dormons après avoir remis à Marie nos mercis et nos pardons.

Je crois qu’à chaque instant, nous cherchons à ce que la compassion nous anime. Elle commence entre nous, autour de la table à manger ou de la table de ping-pong. Si je prends mon microscope de laboratoire, je m’aperçois vite que chacun cherche à aimer l’autre par de minuscules gestes. Il y a ce chocolat qui nous attend, posé sur notre oreiller, quand nous arrivons. Il y a ce chant « Down to the river », que Bruno nous fait répéter, et que nous chanterons bientôt à une famille voisine quittant la France. Il y a Tristan qui organise le tournoi de badminton en préparant avec minutie un tableau dont il remplit les cases de nos noms. Il y a Chloé qui dessine le portrait d’Élisabeth et d’Irina pour en faire des cartes d’anniversaire que nous leur offrirons… Il y a tant et tant de petites attentions qui rappellent à chacun, qu’ici à Nazareth il est chez lui.

France

Hier, Anaïs (permanente Points-Cœur) et Sr Albane nous ont proposé, à Albéric, Chloé et moi, d’aller rendre visite à France. Elle habite le village voisin. Dès qu’on pénètre sa cour, la beauté saute aux yeux. France est artiste sculpteur. Elle a placé un buste en bronze et des petits éléphants indiens sur le chemin qui mène à sa maison. Au centre, une grande table en pierre où elle nous invite à prendre le café. À gauche, son atelier, à droite, sa maison. Un pot de peinture jaune sur la table de son salon. Il me semble que tout son art soit au service de sa soif d’amitié qu’elle vit de façon toute simple.

Sr Albane, Albéric, France, moi et Chloé

Elle a retenu tous nos prénoms, nous raconte sa rencontre avec Points-Cœur et s’intéresse à nos missions. Pour Chloé et moi, elle parle des galas de charité Points-Cœur à New-York. Je suis étonnée par les petits détails qu’elle donne. Un jour par exemple, elle coupe son écharpe en deux pour envelopper précieusement une sculpture qu’elle veut donner au Points-Cœur de Brooklyn pour le gala prochain. Son art est mis aux services des plus petits de façon si généreuse. Je ne peux m’empêcher de penser à l’histoire de Martin, un saint du IVe siècle, qui rencontrant un vieil homme grelottant de froid, coupe avec son épée son manteau et lui en donne la moitié. À quelques siècles près et avec une écharpe au lieu d’un manteau, le geste est le même.

Johanna

Assise à côté de moi lors d’un dîner, Johanna ne quitte que peu des yeux l’ami qui l’accompagne. Il est assis une table plus loin, c’est le père Peter âgé de quatre-vingt-un ans. Johanna a laissé sa Suisse natale et ses deux filles déjà grandes, pour s’installer ici voilà quatre ans. Tout cela par amitié. Ils se sont rencontrés au Rwanda où Johanna a passé deux ans et demi en tant qu’infirmière. Ils ont gardé contact par courrier et aujourd’hui le père Peter est atteint de la maladie d’Alzheimer. Johanna à la retraite depuis quatre ans, veille sur lui. Dans ses grands yeux bleus pleins de douceur et de patience, je peux lire toute la force de sa générosité et de son dévouement.

 

Johanna

À la fin du dîner, elle ne s’attarde pas pour que son ami puisse rentrer se coucher tôt. La rencontre est brève mais je devine que sa présence et celle de père Peter ont été une bénédiction pour nous qui débutons tout juste à l’école de la compassion.

Patrick

Pour terminer je voudrais vous présenter Patrick, permanent à Points-Cœur. À table, Patrick raconte les vacances qu’il prépare cet été pour les enfants du quartier défavorisé d’Afragola à Naples. Mais ce que j’admire le plus, c’est autre chose. Son humilité et sa discrétion. Patrick est aussi le « directeur financier » de Points-Cœur. Dans n’importe quelle entreprise, ce serait un poste prestigieux. Pourtant, ici à Nazareth, il s’en acquitte sans trop se prendre au sérieux.

Voilà mes chers parrains pour cette première lettre. J’espère avoir pu vous communiquer un peu de la beauté qui m’a entourée ces derniers jours. Beauté de l’art, beauté de l’homme, beauté de Dieu. Ma messe d’envoi aura lieu le dimanche 22 juillet à 10 h 30 à l’église Sainte-Marie située au 47, rue de l’échiquier à Paris. J’espère vous y voir. Il y aura un pot juste après. Merci encore pour votre contribution à ce grand voyage. Si vous connaissez des personnes qui aimeraient participer à cette mission en me parrainant, n’hésitez pas. J’ai encore besoin de réunir des parrainages. Je reste aussi disponible si vous avez des questions, ou simplement pour nous voir avant mon départ ! Ma nouvelle adresse à partir du mois d’août sera :

Heart’s Home USA
108 St Edwards St.
Brooklyn, NY 11205

D’ici là, bonne fin de semaine. Où que vous soyez, je prie pour vous.
Avec toute mon amitié.
Des bisous.

Pia